Le souffle court, et …

Le souffle court, et la main sur la porte close j’inspire fort, le sang battant à mes tempes.

J’expire.

Les battements de mon cœur se répercutent dans tout mon corps frêle, et je tremble. J’ai peur. J’espère qu’ «ILS » ne le voient pas ; que les caméras de surveillance de cette salle ne décèlent pas mon angoisse.

Je vais sceller mon destin dans quelques secondes.

Derrière cette porte en bois massif m’attend une toute autre vie. Peut-être le début d’une grande aventure. Peut-être une déception. Peut-être rien de valable ni d’exceptionnel. Je ne sais pas.

Les couloirs de pierres taillés de cet immense édifice ont dû voir passer d’autres candidats depuis de longues années. Des filles et des garçons « comme il le faut »… Pas comme moi : différente et têtue, maladroite et lunatique.

Le stress est là : dans le bout de mes doigts peints en roses tremblotants. Dans ma gorge nouée et mes jambes devenues coton.

C’est mon dernier entretien. Celui qui me fera sortir d’ici. Quitter cet endroit qui m’insupporte ou y rester prisonnière jusqu’à ma mort.

Je pourrais faire comme les autres, assis derrière moi en silence, attendant fébrilement leur tour, et m’habituer à ce village, respecter la morale et les coutumes anciennes. Je pourrais arrêter de réviser sans cesse pour cet examen qui n’a plus de fin. Je pourrais arrêter de rêver d’ailleurs. Je pourrais… Mais ce ne serait pas dans ma nature.

Je ne suis pas la petite fille gentille et soumise que l’on s’imagine au premier abord. Je ne suis pas orgueilleuse, ni tellement sûre de moi. Mais une chose est claire : je n’appartiens pas à leur univers.

Les villageois le savent, c’est presque écrit sur mon visage d’ange au teint métissé. Sur ma peau caramel parsemée de grains de beauté et mes cheveux noirs ébène légèrement ondulés coupés au carré. Malgré mon jeune âge, et du haut de mes huit ans, je ne suis pas de leur clan. Tout le monde le sait. Ce n’est pas un secret. Aussi, des rumeurs courent çà et là que je serais une érudite, destinée à régner dans l’autre monde.

On me traite déjà de démon ou de sorcière. Mes yeux mordorés pétillants et ma chevelure noire corbeau leur font peur.

Dans mon dos je sens le regard haineux des autres aspirants. Eux aussi espèrent réussir leur entretien final, mais je ne les laisserai pas me laminer. Car moi, je suis une battante dans l’âme.

L’argent ne m’intéresse pas, je veux juste m’enfuir d’ici. Trouver ma place ou la créer de toute pièce.

« Makisarde de Haurang, entrez ! »

Caroline