Critique de pelote dans la fumée

Après avoir lu Kongo, ce fut cette BD que je voulais. Le fait que l’auteur soit croate et que le livre se passe dans ce pays a attiré mon attention (je suis en effet d’origine croate). 
Quelque part en Croatie, vivent une bande de garçons vivant de rapines, de délits, passant plus de temps dans la rue où ils sont confrontés à la violence, qu’à leur orphelinat où la loi du plus fort subsiste. Parmi eux, Ibro, surnommé Pelote – qui a une sœur surnommée Sandale (car elle est persuadée de pouvoir voler avec ses petites sandales) – qui est déjà marqué par la vie mais qui est un grand rêveur, qui n’est pas dénué de sensibilité… le retour de son père va le replonger dans son ancienne vie, une vie où il avait vraiment une famille…
 
Les dessins sont très originaux, avec une pointe de fantaisie. J’ai beaucoup aimé le fait que certains passages soient riches de coloris, de vivacité alors qu’ils représentent des moments très sombres, noirs, désespérants…
 
La BD a beau être une BD réaliste, il y a une pointe de surréalisme bienvenue, transformant la réalité en rêve. Ses graphismes ainsi que son ambiance sont digne d’un film de Kusturica (cinéaste serbo-croate dont les films sont imprégnés du surréalisme et que je conseille fortement). En revanche, légère déception pour l’histoire. En tant que fille d’ex-Yougoslaves, je n’ai pas su situer le temps où se passe le récit : est-ce avant la guerre, pendant la guerre, où après ? Cela m’a perturbé. Pourtant, il y a bien quelques cases qui évoquent ce monstrueux conflit, de manière encore une fois surréaliste… on sent encore une fois que cette guerre marque encore les gens.
 
J’ai retrouvé quelques évocations du pays : le nom d’Ibro, les trompettes et autres tubas si caractéristiques des pays balkaniques, les plages de Croatie… Cette histoire est divisée en deux parties, une sur la vie actuelle d’Ibro et la seconde, sur le passé de celui-ci.
 
J’ai préféré la seconde que la première. Elle m’a paru plus touchante, plus intimiste (je ne sais pas si c’est autobiographique…). Et on s’attache aux personnages, tous écorchés de la vie. Je veux bien voir la suite mais je suis sure que c’est cette BD que je vais voter pour le Prix.
 
S.